Comment l'éco-anxiété touche et transforme les Français ?

L'angoisse du réchauffement climatique n'engendre pas que de mauvaises choses chez celles et ceux qui en souffrent, elle est aussi un moteur.

PSYCHOLOGIE - L’avion, c’est (presque) fini. Il va falloir se mettre au vrac et ne plus manger de viande. Terminé aussi la fast fashion, notre garde-robe ne sera que de l’occasion. Quant au chauffage cet hiver, ressortons mitaines et gros pulls pour limiter les dégâts.

Au quotidien, les Français font des efforts. Dans un sondage exclusif YouGov pour Le HuffPost LIFE, 84% des personnes interrogées disent trier leurs déchets, 81%, faire attention à leur consommation d’énergie, 70%, à leurs courses alimentaires. 37% des Français assurent privilégier l’occasion au neuf, 11% ne plus prendre l’avion et 10%, ne plus manger de viande.

Et cela ne concerne pas seulement notre seule personne. 76% de Français jugent les personnes de leur entourage qui ne font pas du tri, 72%, ceux qui ne font pas attention à leur consommation d’énergie. 58% des personnes interrogées voient même d’un mauvais œil ceux qui, à leurs yeux, surconsomment.

Malgré tout, l’inquiétude grandit. Et si c’était trop tard ? 51% des Français interrogés par l’institut de sondage affirment que le réchauffement climatique est pour eux une source d’angoisse. Ce chiffre s’élève même à 72% chez les 18-24 ans, une génération bien plus au fait des problématiques environnementales et engagée dans l’écologie que les précédentes.


L’éco-anxiété, un poids très lourd à porter
Cette angoisse porte un nom, l’éco-anxiété, et elle provoque en nous bien des remous. Elle se manifeste par de la colère pour 39% des personnes interrogées, mais aussi par de la peur pour 34% des Français, puis par de la déprime pour 14% d’entre nous. Plus rarement, cette angoisse génère des troubles du sommeil (8%), un mal de dos (7%), de la dépression (4%) ou même des crises d’angoisse (3%).

Le poids de l’éco-anxiété serait donc bien lourd à porter. Mais, c’est l’un des enseignements de ce sondage, notre éco-anxiété est aussi le signe d’un profond changement. Cette inquiétude n’est pas forcément synonyme de paralysie. Au contraire, notre émotion, notre empathie face à la préservation de notre planète nous pousse à agir.

Pour aller mieux, 42% des personnes interrogées assurent en parler avec leur entourage et 35%, s’engager encore plus. Une fois encore, ce sont les jeunes générations qui montrent la voie. Les 18-24 ans comme les 25-34 ans sont ceux qui cherchent le plus à s’engager pour sortir de l’éco-anxiété.

Souffrez-vous d’éco-anxiété, d’angoisse climatique ou encore de solastalgie?
Plusieurs termes existent pour définir cette angoisse. L’éco-anxiété désigne ce que les gens ressentent lorsqu’ils se sentent constamment rappelés aux problèmes associés au changement climatique. L’éco-paralysie renvoie au sentiment lié au fait de ne pas être capable de faire des choses concrètes pour atténuer les risques liés au changement climatique. La solastalgie est définie comme “l’état d’impuissance et de détresse profonde causé par le bouleversement d’un écosystème”, selon les termes de Glenn Albretch, philosophe de l’environnement et professeur au Département d’études environnementales de l’Université de Murdoch, en Australie, qui a inventé ce mot.

Sur Facebook, des refuges pour éco-anxieux voient le jour
Derrière l’un de ces groupes les plus populaires sur ce thème, “La collapso heureuse”, il y a Vadim Turpyn, consultant. Il regroupe aujourd’hui près de 20.000 personnes. Cet ancien ingénieur dans la finance a eu, en 2011, une prise de conscience qui l’a mené à changer son mode de vie.

Il nous raconte son parcours et comment cet espace en ligne est une ouverture pour sortir de l’éco-anxiété.

Parler aux enfants du réchauffement climatique sans les désespérer, c’est possible
L’avenir de la planète est déjà l’objet d’inquiétude pour les adultes. Les plus petits ne sont pas épargnés, bien au contraire. Choisir les bons mots pour expliquer la situation peut permettre de canaliser leur stress et est capital. Voici comment :

Dire la vérité
Pour la pédopsychiatre Christine Barois, contactée par Le HuffPost, il faut absolument expliquer aux enfants ce qu’est le réchauffement climatique. “Cela fait partie de leur environnement, il faut toujours dire la vérité aux enfants. Comme auparavant en temps de guerre, il faut leur dire que des choses sont préoccupantes et qu’il faut faire attention”, explique-t-elle.

Selon cette spécialiste, rien n’est pire pour un enfant que de se sentir trahi. Pour la pédopsychiatre Coline Stordeur, interviewée par Télérama, c’est d’autant plus important si l’on veut éviter qu’ils découvrent d’eux-mêmes le réchauffement climatique qui “peut être présenté de façon catastrophique dans certains médias, avec l’emploi d’un vocabulaire martial”. “Cela peut leur ajouter du stress et de l’angoisse d’entendre ‘menace imminente ou alerte rouge’ et conduire certains enfants à l’idée qu’ils vont vivre la fin du monde”, souligne-t-elle.

La nécessité de prendre les devants à ce sujet étant affirmée, reste à savoir comment l’aborder sans susciter trop d’inquiétude chez les enfants. “C’est une source d’angoisse pour pas mal d’entre eux parce qu’ils ont beau faire des actions à l’école et avec leurs parents, les enfants se rendent compte que ça les dépasse”, affirme Gwenaëlle Boulet, rédactrice en chef du magazine Astrapi, interrogée par Franceinfo.

Mais canaliser ces angoisses n’est pas aisé selon Christine Barois, pour une simple et bonne raison : “nous-mêmes sommes dans l’incertitude. Il faut leur dire honnêtement que nous ne savons pas vraiment ce qu’il va se passer”, indique-t-elle.

Mettre en avant des solutions
Si c’est possible, il faut essayer de mettre en avant des solutions, des comportements du quotidien qui permettent à son échelle et à celle du foyer de réduire l’empreinte carbone, selon Lise Van Susteren, une psychiatre américaine interviewée par le New York Times. Cette dernière affirme même qu’il ne faut pas hésiter à inciter ses enfants à participer à des actions bénévoles dans son quartier ou à rejoindre une association, par exemple.

“Essayer de les rassurer en les sensibilisant sans être dans le déni, en leur disant que nous allons faire notre part et être raisonnables dans la mesure du possible”, est l’une des manières d’aborder cette discussion, pour Christine Barois.

Même son de cloche chez Coline Stordeur qui estime qu’après leur avoir “fait connaître le problème”, il faut “les aider à comprendre qu’il y a éventuellement des solutions et avoir concrètement des idées de petites choses que les enfants peuvent faire pour améliorer la situation en étant acteurs, par exemple trier ses déchets, faire du vélo... cela peut être très rassurant.”

En ce sens, le comportement des parents est primordial. Ils peuvent servir d’exemple et donner de l’espoir aux plus jeunes: “s’engager peut donner de l’optimisme aux enfants (...) Il s’agit pour les adultes de les accompagner dans ce climat anxiogène et de les aider à trouver en eux suffisamment d’optimisme pour pouvoir se construire comme il faut, sans développer de troubles anxieux à ce sujet”, poursuit la spécialiste.

Cette discussion est d’autant plus inévitable que les plus jeunes générations, dont Greta Thunberg est la porte-parole, sont plus sensibles à cette thématique et ne sont plus dans le déni. Il ne reste donc plus qu’à leur dire la vérité, sans dramatiser.

Comment la philosophie et la psychanalyse peuvent nous aider à prendre du recul ?
Nous avons regardé du côté de la philosophie pour penser autrement notre éco-anxiété. Les questions que soulève ce sujet sont nombreuses. Qu’est-ce qui relève de notre responsabilité individuelle? Qu’en est-il de la responsabilité collective? Répondre à ces questions, agir en conséquence, c’est aussi commencer à trouver des solutions.

C’est aussi le sens du propos du psychanalyste Joseph Agostini dans sa tribune: “Notre éco-anxiété est une invitation à ne pas renoncer”.

Comment agir, au quotidien, pour lutter contre l’éco-anxiété?
Rester actif pour ne pas perdre espoir. Planifier des moments où donner libre cours à nos angoisses.  Nous avons demandé à des thérapeutes comment ils faisaient face à ce type d’angoisses chez leurs patients comme chez eux. Des conseils à appliquer au quotidien :

Voici ce que les professionnels de la santé mentale conseillent à leurs patients terrifiés par la menace (bien réelle) du réchauffement climatique :

Concentrez-vous sur ce que pouvez contrôler, et agissez en conséquence
Melissa Wolak, coach spécialisée en psychologie à Boulder dans le Colorado, dont le mari travaille sur le changement climatique, est pleinement consciente des conséquences du réchauffement de la planète. (“Sans doute trop, parfois,” confie-t-elle.) Pour gérer l’angoisse que suscite le sujet, elle conseille de transformer ses pensées anxieuses en actions concrètes.

“J’ai besoin d’être proactive pour avoir l’impression de garder le contrôle et ne pas perdre espoir,” explique la spécialiste.

En vous focalisant sur ce que vous êtes en mesure de contrôler, vous pouvez faire la différence en faisant avancer les choses autour de vous tout en apaisant vos angoisses, souligne Rachel Wright, psychothérapeute à New York.

“Devenez membre d’une association locale qui lutte contre le réchauffement climatique,” suggère la spécialiste. “Ou encore faites un don à l’un des nombreux groupes militants écologistes qui existent. Vous ne pouvez pas agir à la place des autres, alors concentrez-vous sur ce qui est à votre portée.”

Éteignez la télévision de temps en temps
Même s’il est extrêmement important de se tenir informé de ce qui se passe dans le monde, rester collé à la télévision risque d’aggraver vos angoisses. “Personnellement, je regarde les actualités à petites doses,” précise Melissa Wolak.

Si les infos provoquent chez vous une réaction physique de stress, faites une pause et suivez ce qui se passe de loin pendant un petit moment. Au lieu de regarder tous les journaux télévisés, contentez-vous de jeter un œil aux gros titres des journaux ou de consulter des sources fiables sur Twitter pour vous tenir au courant des dernières nouvelles. De cette façon vous resterez informés tout en contrôlant la quantité d’informations que vous absorberez.

Préparez-vous
“Il se produit de plus en plus de catastrophes naturelles dans tout le pays,” note Don Mordecai, psychiatre au centre hospitalier de San José en Californie. “Nous pouvons en déduire que l’impact sur la santé mentale des risques de blessure et de mort, de la peur de perdre sa maison et de l’éclatement des communautés ‒ qui causent du stress, voire sont à l’origine de syndromes de stress post-traumatique ‒ va lui aussi devenir de plus en plus important.”

Même vous ne vivez pas dans une région à risque, Don Mordecai recommande de préparer un plan d’action pour soulager votre angoisse. Par exemple, vous pouvez rassembler du matériel de survie en cas de séisme, faire une liste de numéros d’urgence à contacter et garder un chargeur de téléphone supplémentaire à portée de main. Vous aurez ainsi l’impression de maîtriser la situation.

Pratiquez une activité physique
L’angoisse, qu’elle soit causée par le réchauffement climatique ou par autre chose, peut avoir un impact tangible sur notre corps.

“S’angoisser produit de l’énergie qui se manifeste physiquement: on a le cœur qui s’emballe, les mains moites, des frissons – et tout cela est très désagréable,” souligne Yael Katzman, thérapeute agréée spécialiste du couple et de la famille, qui travaille à Encino en Californie.

Dès que vous commencez à ressentir ce malaise, allez faire une promenade, courir ou faire du yoga “pour évacuer une partie de cette énergie négative,” suggère la spécialiste. C’est tout bénéfice: de très nombreuses études prouvent que l’exercice physique réduit le stress et fait du bien à la fois au corps et à l’esprit.

Concentrez-vous sur le moment présent
Vivre dans l’instant présent contribue à limiter le stress, l’anxiété et même à améliorer l’état mental des personnes dépressives, explique Sarah Thacker, thérapeute à New York. “Quand on parvient à se concentrer totalement sur le moment présent, ici et maintenant, nos angoisses au sujet d’une future catastrophe disparaissent,” ajoute-t-elle.

Chaque fois que vous vous surprenez à penser au passé ou à la situation actuelle et que cela provoque chez vous une brusque montée de stress, prenez conscience de ce qui se passe et faites une pause. Prêtez attention à ce que vous voyez autour de vous, aux odeurs et aux sons qui vous parviennent (où êtes-vous assis? Quels bruits entendez-vous à travers la fenêtre?) et revenez à l’instant présent.

Transformez vos pensées négatives en élan productif
Reformulez vos pensées catastrophistes afin de les ancrer dans la réalité, conseille Sara Thacker. Par exemple, au lieu de vous répéter “nous risquons de mourir dans la prochaine tempête causée par le réchauffement climatique”, dites-vous plutôt “Si une terrible tempête éclate, nous prendrons les mesures nécessaires pour nous mettre à l’abri.”

Planifiez des moments où donner libre cours à vos angoisses (si, si)
Vous ne parviendrez peut-être pas à chasser toutes vos angoisses, alors essayez de leur consacrer un peu de votre temps à la place. Yael Katzman recommande de programmer un moment dans votre semaine pour penser à toutes les conséquences du réchauffement climatique, et de vous en tenir à ce seul moment.

“Mettez un minuteur en marche et quand il sonne, passez à autre chose et cessez de vous inquiéter jusqu’au prochain créneau prévu dans votre agenda,” suggère la spécialiste.

Si une pensée angoissante vous vient avant ou après la session que vous avez planifiée, dites-vous: “Je lui accorderai mon attention le moment venu”, conseille Mme Katzman. Vous pouvez aussi la noter pour y réfléchir à loisir plus tard.

par Sandra Lorenzo, journaliste rubrique LIFE, Le HuffPost

 

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